Dominique Martin a obtenu sa licence en Lettres à l’Université de Genève et a rédigé son mémoire sur Albert Camus. En avril 2003, elle gagne un prix littéraire pour la « Lettre d’adieu » publiée dans Ces colonnes en mai de la même année et lit des textes qu’elle a créés à la Radio suisse romande dans le cadre de l’émission « Hommes Femmes mode d’emploi ».
Dans son premier livre, un récit de voyage, « L’Arabie à double cœur », paruen 1979 aux Editions de l’Aire, nous découvrons l’Arabie saoudite à travers les yeux d’une occidentale.
« L’Oiseau-Tempête », paru en 2004 aux Editions JCL, est le roman d’une femme en quête d’amour et de liberté qui rencontre un couple d’homosexuels et noue avec ces deux hommes un lien puissant, particulier et troublant.


1) Que vous a apporté ce roman ?
Ce livre a été un accouchement important. Il m’a permis d’exorciser un certain
nombre de choses et il correspond à une naissance sur le plan de mon évolution
personnelle. Après l’avoir écrit, j’ai eu le sentiment d’avoir laissé en route beaucoup de
mes illusions et d’avoir gagné un regard plus large.
J’aimerais préciser qu’il s’agit d’un roman, d’un roman non autobiographique,
même si une part de moi est présente et si l’on y retrouve des lieux familiers. Ce portrait
de Gabrielle qui n’a pas pris son envol, qui est confrontée à sa part d’ombre et revient à la lumière après ce passage obligé, lui donne un ton intimiste.
La parution de ce livre me donne une grande force.
Mon éditeur est au Québec. Je l’ai découvert sur Internet. Sa maison d’édition se trouve à Chicoutimi, nom qui, dans la langue indienne signifie « à la limite des eaux profondes ». Ce symbole, en résonance avec mon roman, m’a aussitôt parlé. Pour moi, le hasard n’existe pas et j’aime citer Albert Einstein qui dit : « Le hasard n’existe pas, c’est le nom que prend Dieu pour rester anonyme ».

2) Quel sens donnez-vous à la vie de vos personnages ? Quelle espérance ?
Comme je travaille à partir de mes intuitions et de mon instinct, je laisse mes
personnages émerger, je les observe et me laisse conduire par eux. Parfois, ils me
surprennent ! Boris et Marc jouent un rôle de révélateurs pour Gabrielle et, contrairement
à elle, ils restent figés dans leurs schémas.
La symbiose vécue avec mes personnages implique une rupture inévitable à un
moment donné, ceci permettant une transformation intérieure et créant des ouvertures.

3) Pour vous, qu’est-ce que le bonheur ?
Vaste question…
Le bonheur, c’est être dans l’ouverture, dans l’amour, dans le présent, le « carpe diem ». Il se cultive comme une plante, s’entretient. Le bonheur, c’est la qualité du regard que l’on pose sur la vie, sur les êtres. D’où l’importance d’apprendre à extraire le positif de toute situation, car toute épreuve recèle un cadeau caché.
Le bonheur, c’est être en accord avec ses valeurs, c’est partager des émotions avec ceux que l’on aime. Et puis, il y a toutes ces petites oasis de bonheur au quotidien, le parfum du café, le matin, celui des lilas, un soir de mai, l’odeur de l’herbe coupée, se réveiller avec la neige…

4) Quant à l’écriture, quel rapport avez-vous avec elle ? Qu’est-ce que l’écriture pour vous ?
L’écriture est avant tout pour moi un besoin, une nécessité. C’est aussi un fantastique espace de liberté, une aventure palpitante. Ecrire me procure des moments de bonheur intense, des moments de grâce, mais me plonge aussi dans de profondes angoisses.
Affronter le vide, aller explorer, tout au fond de soi, avec un regard sans concession, donnent parfois le vertige.
Ecrire exige une discipline. J’écris le matin de préférence pour garder un lien avec la
nuit, si riche en mystères. Je veille à ne pas être coupée par des événements extérieurs, à
maintenir une qualité de silence pour accueillir ce qui va venir. Parfois rien ne sort, rien ne se passe ou du moins le croit-on, car, à notre insu, un travail de gestation a lieu qui ne porte parfois ses fruits que plusieurs jours après. D’où la nécessité de cultiver le lâcher prise et l’humilité…Le restant de la journée, je ne me sépare pas de mon dictaphone pour saisir les idées qui surgissent lors d’autres activités.
Dans mon travail, j’accorde une grande importance au style qui doit être à la fois sobre, épuré avec quelques éclats de couleur que sont les images, les métaphores.
J’aime recréer des atmosphères et chercher un langage qui puisse toucher de manière universelle.
Une fois terminé, publié, le livre ne m’appartient plus. Il vit sa vie, son destin. Il vole
de ses propres ailes. Il va à la rencontre d’autres êtres. C’est mystérieux et passionnant…


« L’Oiseau-Tempête » est en vente chez Payot, à la FNAC au prix de Frs. 25,20.
Dominique Martin sera présente au Salon du livre de Genève (tous les après-midi) au
Stand du Québec (27 avril-1er mai 2005)

Françoise Wicht