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le dim 19 nov 2017 à 17h30

Classique

L’Ensemble Ephemer incarne le réveil d’un ensemble ad hoc constitué au début de l’été 1993, sans ambition de pérennité, à l’initiative du pianiste Bernard Meylan dans le seul but de travailler, donner en concert et, par la même occasion, enregistrer les deux quintettes pour piano et vents de Mozart (KV 452) et Beethoven (op.16), ce qui fut chose faite en août 1993.

Trois membres de l’Ensemble Ephemer – François Rychner, Christine Guignard et Jean Wagner - faisaient déjà partie de ce groupe. Au cours de l’été dernier, ceux-ci sont tombés d’accord pour récidiver et remettre l’ouvrage sur le métier avec, cette fois, le concours de Marie-Claire Renisio, basson, et Mihaïl Sarbu, piano.  Ce projet est né au premier chef de l’envie simple des musiciens de se retrouver, près d’un quart de siècle plus tard, pour travailler à nouveau ces deux pièces magnifiques. Le concert accueilli ce soir par Les Caves de Bon-Séjour a permis à l’Ensemble Ephemer de donner à ce travail un sens et un but, moteurs essentiels de toute réalisation musicale.

Depuis 1993, les vents de l’Ensemble Ephemer ne se sont en fait jamais quittés puisqu’ils jouent très régulièrement ensemble dans différentes formations orchestrales. Ils remercient ici Mihaïl Sarbu, professeur au Conservatoire de Musique de Genève, d’avoir accepté de participer à cette nouvelle aventure.

Dans une lettre à son père du 10 avril 1784, Mozart dira de son Quintette pour piano et instruments à vent KV 452, composé au mois de mars de la même année et présenté le 1er avril lors d’une académie de musique : « Moi-même, je le tiens pour ce que j’ai encore fait de mieux dans ma vie. » C'est en effet une réussite sonore, mélodique, concertante et expressive, « chef d’œuvre de science dans l’usage des timbres du piano et des vents, combinés ou opposés tour à tour ; chef d’œuvre aussi d’équilibre entre l’expression personnelle et la convenance sociale, entre l’intention et la délectation sonore, entre la musique de chambre et le concerto. » (Jean et Brigitte Massin)

Mozart a exercé une grande influence sur Beethoven qui vouait à son aîné et à son œuvre une grande admiration et un immense respect. Il n’eut de cesse de se rendre à Vienne pour le rencontrer et essayer d’en obtenir des leçons. Ce voyage s’effectua en mars 1787 grâce au comte Waldstein et à une lettre d’introduction de l’Electeur Max Franz, son protecteur. Après une brève rencontre avec Mozart, qui accepta finalement de le prendre comme élève, Beethoven dut rentrer d’urgence à Bonn, sa mère étant tombée gravement malade. Son rêve de suivre l’enseignement de Mozart ne se réalisa donc pas. Lors de son prochain voyage à Vienne en novembre 1792, ce dernier était mort.

C’est en 1796, alors qu’âgé de 26 ans, il évolue encore dans l'ombre de Mozart, que Beethoven compose son quintette pour piano et instruments à vent (op. 16), créé avec un grand succès le 6 avril 1797 à Vienne. Beethoven semble avoir envisagé le quintette de Mozart comme un modèle à égaler, voire à dépasser. On ne peut s’empêcher en effet de relever de frappantes similitudes entre les deux pièces : même tonalité générale de mibbémol majeur ; même découpe : introduction lente (largo / grave), mouvement rapide (allegro moderato / allegro ma non troppo, mouvement lent (larghetto / andante cantabile), et enfin un rondo dans les deux cas ; même appartenance à ce que l’on appelle le style viennois.

Cependant, au-delà de ces comparaisons, c’est l'audition successive des deux œuvres qui est intéressante en ceci qu’elle permet de découvrir l’émergence d’une personnalité propre chez Beethoven : son quintette est fait de dramaturgie, d'épaisseur sonore, d’effets orchestraux, de lyrisme mélodique exacerbé, et l’on y observe, de façon beaucoup plus marquée que chez Mozart, une opposition très forte entre deux blocs : le piano roi d’un côté, les vents de l’autre, ces deux éléments alternant dans le discours. Beethoven, en effet, semble avoir composé ce quintette — dédié au prince Joseph zu Schwarzenberg — à l'usage de ses propres concerts.
F.R.

 

PROGRAMME

Mozart : 

Quintette en mi  bémol majeur, KV 452, pour piano, hautbois, clarinette, cor et basson

- Largo - Allegro moderato

- Larghetto

- Rondo

Beethoven :

Quintette en mi bémol majeur, op. 16, pour piano, hautbois, clarinette, cor et basson

- Grave - Allegro ma non troppo

- Andante cantabile

- Rondo

 

Concert classique organisé par l'Association des Concerts du Dimanche.